Un combat commun pour l'Europe et le Moyen-Orient : lutter contre les destructions culturelles de Daesh

Fou du Droit - octobre/novembre 2015

           En février dernier, l’état islamique détruisait des sculptures dont un taureau ailé assyrien datant de plusieurs milliers d’années au Musée de Mossoul, au nord de l’Irak. Cet évènement survient après de nombreuses destructions similaires. Le massacre débuta en 2001 avec l’extermination des Bouddhas de Bâmiyân, deux statues monumentales qui s’écroulèrent sous le poids des balles. Ce phénomène s’intensifia dès 2012 au Mali avec la destruction de tombeaux ancestraux à Tombouctou. Depuis, cette destruction, récemment qualifiée de « nettoyage culturel »  par la directrice générale de l'Unesco, Irina Bokova, ne cesse de prendre de l’ampleur, quittant peu à peu la zone du Moyen-Orient pour atteindre l’Europe et le reste du Monde.

            Ces ravages sont d’autant plus dramatiques pour le Moyen Orient qu’ils surviennent après d’importants traumatismes culturels, humains et sociaux tels que la guerre du Golfe en 1991, la guerre d’Irak en 2003, ainsi que la guerre en Syrie depuis 2011. La culture avait déjà été meurtrie lors de ces affrontements et aujourd’hui ce sont des instruments de musiques, des livres, un patrimoine architectural qui sont massacrés. Mais au delà d’une zone géographique, c’est la planète entière qui subit ces attaques. Le Moyen-Orient est une région considérée comme le berceau des civilisations. A cet endroit naquirent les plus grandes religions monothéistes: le judaïsme, le christianisme, ainsi que l’islam. Plus encore, de nombreuses communautés ont fleuri autour du croissant fertile, une des premières zones peuplées qui élabora une agriculture durable et viable. Nous sommes donc tous concernés par ces évènements puisque notre histoire a débuté à cet endroit, aux portes de l’Europe, avec des techniques et des croyances que nous partageons encore aujourd’hui.

En Europe, le bouleversement le plus profond de cette année restera les attentats de janvier, perpétré à l’encontre de Charlie Hebdo : une attaque directe envers cet instrument culturel et démocratique que représente un journal.  Pourquoi de tels actes ? Il semblerait que l’état islamique ne s’attaque pas uniquement à la culture de l’occident, qu’elle considère comme son ennemi, mais aussi à toute culture qui échappe à un islam sunnite et radical. Ses méthodes d’action sont particulièrement violentes et immorales, des livres sont brulés dans les mosquées, comme à Yunus, pour l’unique raison d’avoir une vision de l’islam qui ne correspond pas à la leur. Leurs armes sont redoutables et profondément destructrices, à l’image des bulldozers et des explosifs. Pas de retour en arrière pour la culture détruite, un passé qui s’effondre définitivement sous les flammes et la poussière.

            Au Moyen Orient, tout comme en Europe et dans le reste du monde, il faut s’inquiéter de ce nettoyage culturel. La destruction culturelle et artistique signifie beaucoup, elle ne touche pas forcément l’intégrité physique d’un homme, pourtant, elle peut changer sa façon d’être et d’appréhender le monde. Par ces bombardements, c'est la culture, celle qui unit les peuples et ouvre les esprits, rempart contre l'obscurantisme, que ces terroristes ont voulu touché. En effet, les vertus de la diffusion culturelle ne s’arrêtent pas à un espace ou à une époque. La culture permet de connaître les différentes façons de vivre et de penser des hommes à travers les territoires et les années, la culture enseigne la tolérance et l’esprit du vivre-ensemble, ce que les terroristes ont bien intégrés. En effaçant la culture, Daesh espère supprimer ces racines qui nous sont communes et nous unissent. L’état islamique a compris l’objet de tous les conflits qui menèrent à des régimes totalitaires: l’ignorance. Il s’agit donc à présent de trouver des solutions face à cette réalité qui ne peut continuer pour les raisons précédemment exposés.

            Une lutte commune s’ouvre donc pour le Moyen Orient et l’Union Européenne : la préservation de la culture est un espoir et une promesse de paix pour l’avenir de ces nations. Le Parlement Européen, sous l’impulsion de Julie Ward, député socialiste anglaise assignée à la commission sur la culture et l’éducation, a fortement condamné ces dégradations, une première étape affirmant la volonté d’action des institutions européennes. C’est à présent un travail de forme qui est exercé en répertoriant tous les éléments culturels présents sur la zone, avec l’aide financière de Strasbourg. Le Parlement appelle les autres institutions du triangle à bien vouloir se mobiliser, notamment sur les trafics qui sont parfois effectués à la suite de vols, qui permettent d’enrichir ces terroristes, et leurs donnent ainsi plus de possibilités d’actions. Cependant, peu de solutions sont proposées mais surtout aucunes ne sont mises en place. Faudra t-il attendre d’autres drames pour espérer une action des centres de gouvernance internationale? La coopération mondiale est plus que jamais nécessaire pour lutter efficacement contre ces destructions qui dépassent les frontières. Comme l’affirmait Churchill : « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre ».

 

 

                                                                                             Léa MERESSE

 

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