To be or not to be independent : that is the question

Fou du Droit - novembre 2014

       Le 18 septembre, les résultats du référendum écossais sont tombés. Le NON à l'indépendance est majoritaire. Que faut-il comprendre de ce dénouement ? La question de l'indépendance écossaise va-t-elle enfin pouvoir être définitivement enterrée ? Annie Thiec, professeur au Département d'études anglaises de l'Université de Nantes, nous réponds.

 

Lauriane Lizé : Comment expliquez-­vous que le NON au référendum ait rassemblé une majorité des voix (55,3%) alors que la plupart des sondages et des journaux laissaient penser à une possible victoire du OUI ?

Annie THIEC : D’abord, la question du référendum provient de la victoire du SNP (Parti National Écossais) aux élections de mai 2011 du Parlement écossais. C’est parce que le SNP a remporté la majorité absolue des sièges et que dans son programme politique il avait fait la promesse d’un référendum que celui-ci a pu avoir lieu. Ainsi, dès 2012, le référendum a occupé une partie de la scène médiatique. Mais la campagne officielle n’a duré « que » 16 semaines, ce qui est déjà beaucoup ! 

Ensuite, Alex Salmond, le First Minister écossais, qui est à la tête du SNP et à l’origine de ce référendum, a beaucoup capté l’attention, et celle des médias français notamment. Mais je crois que cela ne doit pas dissimuler le fait que la campagne pour le OUI fût surtout, comme disent les anglais, un grass roots movement. C’est-­à­-dire que de nombreuses associations se sont formées spontanément pour faire du porte­-à-porte et des réunions citoyennes afin d’expliquer aux Écossais l’importance de voter OUI. Elles prouvent que le référendum écossais est avant tout une victoire pour la démocratie directe en Europe. Je pense notamment au mouvement Women for Independence créé justement parce que les femmes semblaient plus réticentes que les hommes à une indépendance de l’Écosse. Je pense également à Common Weal qui a réalisé de nombreux rapports sur des questions concrètes posées par le référendum. Des partis politiques comme les Verts et les Socialistes à majorité trotskiste ainsi que le milieu des affaires se sont également fortement impliqués dans la campagne pour le OUI. 

Cependant, le 4 ou 5 septembre, un dernier sondage a donné le OUI gagnant, avec très peu de voix d’avance. Évidemment, comme tout sondage il possède une marge d’erreur de quelques points de pourcentage, il n’était donc pas plus inquiétant que les précédents en réalité. Mais il a constitué une sorte de réveil brutal, de sonnette d’alarme pour les anglais et le monde des affaires, qui se sont précipités pour tenter d’inverser la tendance. C’est ainsi que le même jour, les écossais ont vu défiler David Cameron (Premier Ministre et leader du Parti conservateur), Ed Miliband (leader du Parti travailliste) et Nick Clegg (leader du Parti libéral­-démocrate) !

 

L. L. : Pour vous, la victoire du NON s’expliquer ainsi par le réveil tardif mais bien réel des hommes politiques qui ont réussi à inverser la tendance dans la dernière ligne droite de la campagne ?

A. T. : La stratégie des partisans du NON a consisté en deux choses : d’abord, ils ont tenté d’effrayer les écossais, en leur assurant par exemple que leur sortie du Royaume-­Uni signerait leur exclusion de l’Union Européenne et l’impossibilité de négocier un quelconque accord avec le Royaume­-Uni à l’avenir. Ils ont notamment soulevé l’épineuse question de la santé en assurant que les écossais ne pourraient plus venir se faire opérer au Royaume-­Uni en vertu d’un accord dans ce domaine comme cela est le cas actuellement. Les partisans du NON ont voulu faire croire qu’un véritable mur se dresserait désormais entre le Royaume­-Uni et l’Écosse. Je pense aussi que le milieu des affaires, réticent par nature à tout changement (ils étaient aussi réticent pour la dévolution) a pesé dans la décision de certains écossais, en annonçant qu’en cas de OUI gagnant de nombreuses entreprises déménageraient leur siège social au Royaume­-Uni et que les prix des grandes surfaces augmenteraient nécessairement à cause de la fermeture des frontières commerciales de l’Écosse. Cette question du pouvoir d’achat a beaucoup touché les écossais. Pourtant tout cela était évidemment en grande parti mensonger ...
Mais à côté de ces menaces, les partisans du NON ont formulés un certain nombre de promesses, et je crois que c’est cela qui a véritablement décidé les écossais à voter NON au final. Ils ont notamment promis de déléguer plus de pouvoirs au Parlement écossais dans le cadre de la dévolution et Gordon Brown, ancien Premier ministre en homme politique encore très apprécié en Écosse, a même proposé un calendrier très précis : dès le lendemain du référendum, en cas de NON majoritaire, une commission indépendante serait instituée pour réfléchir à la question de la dévolution. C’est d’ailleurs ce qui a été fait. Une proposition de loi doit être faite le 25 janvier 2015. Nous devons maintenant attendre.

 

L. L. : Pensez­-vous que les hommes et femmes politiques qui ont fait des promesses dans l’urgence de la campagne pour l’indépendance écossaise vont réellement les tenir ?

A. T. : Il est très difficile de dire si ce calendrier pour réformer la dévolution en Écosse pourra être tenu. Il suppose en effet que travaillistes et conservateurs travaillent main dans la main. Sauf que la prochaine élection générale du Parlement britannique aura lieu en mai 2015. Comment des partis politiques rivaux en campagne pour le pouvoir pourraient-­ils prendre le temps de s’accorder sur la question écossaise ? De plus, D. Cameron a proposé dès les jours suivant le résultat du référendum de lier plus largement la question écossaise à la West Lothian Question. En effet, actuellement n’importe quel député écossais ou gallois peut voter à propos d’une loi qui ne concerne que les anglais. C’est-à-dire que Parlement britannique et Parlement anglais sont confondus, ce qui n’est pas le cas pour les autres nations britanniques dans le cadre de la dévolution : seuls les écossais votent les questions écossaises. D. Cameron propose donc un projet très ambitieux : restructurer le Royaume-Uni, pour en faire ce qui pourrait se révéler à terme une véritable fédération. Mais cela pourrait aussi bien être une manière détournée de noyer le poisson pour au final ne rien accorder du tout aux écossais ...

 

L. L. : Pensez-­vous que le résultat du référendum écossais va avoir pour ef et d’atténuer les autres revendications indépendantistes en Europe ?

 

A. T. : Je pense que le référendum écossais pourra être réutilisé aussi bien par les indépendantistes que par les hommes et femmes politiques qui s’y opposent. C’est vrai, la campagne pour le OUI a été longue pour que finalement les écossais refusent l’indépendance. Cela pourra être utilisé par certains pour démoraliser et dissuader des groupes indépendantistes comme en Catalogne de demander à leur tour l’organisation d’un référendum. Mais je crois qu’il ne faut pas sous­-estimer le fait qu’en quelques semaines, le pourcentage de personnes favorables à l’indépendance est passé de 30% à 45%. Ce n’est pas rien ! Et puis les chiffres du référendum sont fragiles : seuls 400 000 électeurs ont fait la différence. Quel poids cela a-­t-­il réellement ? L’indépendance s’est jouée à trop peu pour que l’on puisse considérer la question de l’indépendantisme comme réglée. De plus, comme je l’ai dit je pense que les promesses faites ont beaucoup pesé dans la décision de nombreux écossais. Ce n’est donc pas tant un NON à l’indépendance qui a été formulé mais un OUI à une plus grande autonomie au sein du Royaume­-Uni. La frontière est fine entre les deux ...

 

Propos recueillis par Lauriane LIZE

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