Le rempart de la laïcité

Fou du Droit - avril/mai 2016

       A l'occasion des attentats de janvier et de novembre 2015, on pouvait voir à la télévision des journalistes demandant à des musulmans s'ils se sentaient concernés et responsables de savoir que des personnes ayant la même religion qu'eux avaient pu, par intolérance religieuse, exécuter et blesser des civils. Quelques temps avant encore existait le mouvement « not in my name » où des musulmans montraient qu'il n'était pas question de faire l'amalgame entre eux et les djihadistes. Pourquoi des croyants sont-ils obligés de demander à ne pas faire cet amalgame ? Les catholiques ne semble pas avoir une obligation similaire quand ont lieu des réunions du Klu Klux Klan... La France est un pays qui se veut laïque et tolérant vis-à-vis des religions. Il ne devrait pas y avoir de différence entre un catholique et un musulman de ce fait. Pourtant, quand on regarde plus précisément aujourd'hui, force est de constater que la notion de tolérance souffre d'une lecture particulière par l'Etat ; en témoignent les lois de ces quinze dernières années relatives à l'ordre public et limitant le principe de tolérance religieuse.

         La loi du 11 octobre 2010 interdisant de « dissimuler son visage » dans l'espace public pour trouble à l'ordre public est une conséquence d'une polémique survenue en avril de cette même année où une conductrice portant une burqa avait reçu une contravention pour « circulation dans des conditions non aisées ». On ne peut cependant restreindre l'élaboration de cette loi à ce fait puisque la femme ne troublait pas l'ordre public. Une autre explication de cette loi et du débat suscité serait la poursuite d'une politique laïque en restreignant la religion dans le domaine privé. En 2004 déjà, il était devenu interdit de porter des signes distinctifs montrant de façon ostentatoire son appartenance à une religion dans une école, un collège ou un lycée.

       « Le cléricalisme ? Voilà l'ennemi ! » déclarait Gambetta. Malgré 35 millions de catholiques en France en 1879, il existait un anti cléricalisme fort au seing du gouvernement. Une Eglise hostile au régime républicain et ayant une influence sérieuse sur la société, notamment grâce à l'éducation, n'arrangeait rien. Une solution pour limiter l'action de l'Eglise et par corollaire son influence fut la création de l'Ecole laïque en mars 1882. En raison de l'impopularité des ces mesures de laïcisation, la poursuite de cette politique reprit vingt ans plus tard. La loi du 6 décembre 1905 vint clôturer la mésentente entre l'Eglise et la République en séparant ces deux institutions.

« Libre exercice des cultes ». C'est la formule de tolérance exprimée par la loi de 1905. La notion de tolérance n'est cependant que théorique. Cette loi fut l'occasion pour les anti cléricaux de dégrader l'image de l'institution ecclésiastique ; en témoigne la traduction excessive et politisée de

       Où s'arrête la laïcité pour laisser place à la haine religieuse ? La laïcité est la neutralité de l'Etat à l'égard des confessions religieuses. A fortiori, c'est l'impossibilité pour l'Etat d'interdire l'exercice de ces confessions. A quoi assiste-on actuellement si ce n'est à une négation de ce concept ? Peut être devrait-on changer la signification de laïcité puisque les lois de 2004 et 2010 la contredisent. Dans le documentaire Iranien de Mehran Tamadon, le réalisateur défendant la vision laïque française se retrouve face à des Mollahs (des représentants du pouvoir religieux chiite dans la République Islamique d'Iran) qui le mettent en difficulté quand vient le moment de définir le terme laïcité. Le réalisateur associe la laïcité à une tolérance religieuse.

 

 

           Néanmoins, cette vision se heurte à l'argument de l'un des mollahs qui revient sur l'impossibilité pour les femmes d'être voilée intégralement en pleine rue en France. Peut être que l'Etat devrait cesser l'hypocrisie sur la tolérance religieuse en France en admettant que sa laïcité n'est pas celle généralement admise et c'est ce que montre cet exemple : le concept de laïcité est aujourd'hui bien trop flou en France et bien trop politisé. On loue la laïcité française et on se cache sous son voile pour défendre la tolérance et la liberté alors qu'il n'en est rien ! La laïcité française si applaudie n'est qu'une chimère quand on voit la maladresse des médias et des politiciens à évoquer le phénomène de la radicalisation islamiste en France. Plus généralement, le rejet des origines judéo-chrétiennes par l'Europe est aussi un exemple d'un rejet systématique de la religion dans le débat public.

 

Erwan BODEVEN 

 

 

 

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