Le Brexit, un danger pour l'union européenne ?

Fou du Droit - avril/mai 2016

A l'origine, le terme « Brexit » (Britain-exit) désigne l'éventuelle sortie pour le Royaume-Uni de l'Union européenne. Il s'inspire du terme Grexit, mouvement qui prônait la sortie de la Grèce de l'Union européenne alors que le pays traversait une crise de la dette publique. Or, cet exit du Royaume-Uni ne serait pas une sanction décidée par les institutions européennes, mais un départ volontaire, qui sera ou non décidé lors du référendum prochain du 23 juin 2016.

           

            Le Royaume-Uni fait partie de l'Union européenne depuis 1973. Son adhésion, sous le mandat d'Edward Heath, avait pour fin d'inclure le Royaume-Uni dans le marché commun européen (mis en place après le traité de Rome de 1957). Cela lui permettait ainsi d'ouvrir son économie en utilisant les facilités d'exportations induites par ce plan, et de s’enrichir via des partenaires économiques forts de leur croissance connue sous les 30 glorieuses. Les relations entre ce pays libéral et l'Union Européenne ont été à de nombreuses reprises compliquées par les lourdes attentes et les intérêts britanniques, notamment sous le gouvernement Thatcher où celle-ci en 1979 a clamé «I want my money back», estimant que le Royaume-Uni perdait de lourdes sommes d'argent dans l'Union Européenne, notamment à cause de la PAC (Politique Agricole Commune). Cet épisode de crise euro-britannique s'était achevé par de grandes concessions accordées par l'Union, lors du sommet de Fontainebleau en 1984.

 

            Aujourd'hui, le Royaume-Uni estime de nouveau ne pas retirer assez de bénéfices de son intégration dans l'Union, et pour certains, perdre largement au change. Des tensions eurosceptiques se sont développées, et le phénomène a pris de l’ampleur au point que le premier ministre anglais David Cameron a choisit de mettre en place un référendum au travers duquel les citoyens britanniques pourront s’exprimer sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’Union européenne. La date butoir est fixée à 2017 concernant la décision finale, et l’approche de cette échéance a poussé les États Membres à organiser un Sommet afin d'envisager une restructuration du rôle du Royaume-Uni dans l’intégration européenne, en prenant notamment en compte les exigences de D. Cameron, récemment réélu.

 

            En 2015, le premier ministre anglais avait déjà adressé au président de la commission européenne, Donald Tusk, son souhait de voir s’établir un nouveau statut pour son Pays au sein de l’Union. On retrouve, parmi ses exigences, des idées libérales et souverainistes que les britanniques ont toujours défendues. Cameron, décrétant son vœu d'une pleine souveraineté nationale, exige que la mention des traités énonçant la nécessité “d’une Union sans cesse plus étroite” soit remplacée de telle sorte à accorder plus d’importance aux parlements nationaux (en renforçant par exemple leurs pouvoirs de contrôle). Il souhaite aussi une plus grande prise en compte de toutes les devises dans les politiques et les plans d’action monétaire menés par l’Union. Cependant, la remise en cause du principe d’une monnaie unique européenne porte atteinte à l’un des symboles autour duquel l’Union était fédérée. En s’adressant à D. Tusk, Cameron souhaitait aussi la mise en place de plans d'actions permettant la libéralisation de l’économie (taxes sur les entreprises, flux de capitaux) et de la finance, afin de répondre aux exigences des eurosceptiques libéraux.

            En effet, leur principal argument se base sur une volonté d'affranchissement pour le pays des contraintes européennes, s'attaquant à la “Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne” qui les empêche de diminuer les coûts de certains produits dans les domaines de l’alimentation et de l’informatique. Aussi, cette sortie de l'UE permettrait plus facilement de créer des partenariats plus importants avec les Etats Unis, favorisant le développement d'une alliance transatlantique.

 

            Ce débat, largement repris par les eurosceptiques (dans lesquels on retrouve l’UKIP et la personne du maire de Londres, Boris Johnson), est très largement controversé sur son impact économique. Certains prêtent au Brexit des conséquences terribles sur la finance, car impliquant des frais largement plus importants pour les opérations financières en euro, et la perte des alliances économiques européennes. Ces tensions virulentes ont notamment provoqué un scandale avec le départ forcé du Directeur général de la Chambre du Commerce, John Longworth, car partisan du Brexit en contrario du Gouvernement.

 

            Par ailleurs, les conséquences d'une éventuelle sortie du Royaume-Uni de l'Union seraient terribles pour cette dernière. En effet, au-delà de heurter son image (de confiance) d'une des plus grandes places financières du monde, notamment en perdant Londres, elle impacterait lourdement son budget. Le Royaume-Uni représentant «13% de la population de l'Union européenne et 15% de sa richesse», son départ causerait un manque à gagner à hauteur de 14 milliards d'euros par an.

 

            Mais les enjeux actuels ne concernent pas seulement des questions économiques, que ce soit pour l’Union ou pour le Royaume-Uni. En effet, le Brexit implique aussi des retombées dans la gestion de la crise européenne. C'est ainsi qu'un sommet franco-britannique s'est réuni à Amiens le 3 mars dernier afin de répondre collectivement à la question des migrants et de la jungle de Calais. Sur d'autres questions politiques, le Brexit impacterait aussi fortement les relations internationales, notamment avec les États Unis, puisque le Royaume-Uni en est leur premier partenaire diplomatique. Reste encore à savoir les conséquences du Brexit sur les relations intérieures du Royaume-Uni avec l’Écosse. Cette dernière, bien plus partisane de l'Europe, a prononcé son vœu de renouveler le référendum portant sur sa prise d'indépendance. Celle-ci sortie de l'UK chercherait ensuite à rejoindre l'Union Européenne.

 

            Malgré les débats et les tensions qui secouent aujourd’hui l’Europe, la coopération et la cordialité restent de mise. Le Royaume-Uni a notamment décidé, lors du Sommet d'Amiens, de débloquer 22 millions d'euros supplémentaires en 2016 pour aider la France à gérer la crise des migrants. Malgré cela, la question d'une éventuelle sortie de l'UE par le Royaume-Uni est le reflet d'une véritable propagation des crises politiques européennes (crise de la Grèce, de l'Ukraine, de l'Euro, des migrants…) et la démonstration ultime que celle-ci  n'arrive pas à sortir la tête des eaux troubles. 

             

 

Louis LEMOYNE et Héloïse POSNIC

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