Catherine Lalumière : une grande dame pour un grand discours

Fou du Droit - février 2014

        Rare sont ceux qui peuvent prétendre parler de l’Europe avec autant de clarté et de conviction. À l’occasion de la remise des diplômes de fin d’étude des masters Ingénierie en projets européens et internationaux qu’elle a parrainé cette année, l’ex-Secrétaire générale du Conseil de l’Europe et vice-présidente du Parlement européen a su parler avec passion de l’Union européenne, ses valeurs, son avenir, et de l’enjeu considérable que représentent les élections européennes en mai 2014.

 

       On sait aujourd’hui le malaise grandissant de nombreux citoyens face à l’emprise rampante de l’Union Européenne sur notre souveraineté nationale, impression largement relayée et nourrie par des médias et une classe politique souvent trop peu intéressés par la question. Mais ce que l’on sait moins, c’est que ce malaise est relativement isolé en Europe : les pays du Nord et de l’Est de l’Union sont plutôt sereins, assis sur des pays méditerranéen plus vindicatifs qu’inquiets depuis la gestion aveugle de la crise par un ultralibéralisme qui ne dit pas son nom. Une conception matérialiste du monde et des hommes qui a oublié d’où l’Europe venait, qui a étouffé le rêve européen. La communauté de vie qu’est l’Union Européenne a d’abord été un projet philosophique et social, fondé sur les idéaux des droits de l’homme et du respect de la dignité humaine, avant d’être un grand marché.

         L’acte fondateur de l’Europe n’était pas la signature du traité instituant la Communauté du charbon et de l’acier, le premier véritable acte européen, ce fut la signature de la Convention Européenne des Droits de l’Homme, parallèle à la déclaration Schumann au printemps 1950. Cette Convention devait être la garantie que l’Europe serait reconstruite sur le refus des barbaries de la Seconde guerre mondiale, le rejet des modèles politiques du nazisme, du stalinisme, du fascisme …  Ce texte devait aider à renouer avec la tradition profondément humaniste du continent. Par la suite, l’Europe a continué à se construire autour d’un noyau dur de valeurs fondamentales que sont le respect de la personne humaine, la lutte contre la xénophobie et le communautarisme, l’expression toujours plus intense de la démocratie. Une philosophie des droits de l’homme qui reste aujourd’hui une référence, voire un espoir, pour de nombreux peuples dans le monde. C’est ainsi que le petit village de Schengen où fût signée la convention du même nom est devenu en vingt ans le symbole fort de la liberté de circulation pour de nombreux étrangers, essentiellement chinois, qui en sont privés.


       Et que dire des Ukrainiens justes à nos portes pour qui adhésion à l’UE signifie la fin de la tutelle russe et la liberté retrouvée pour tout un peuple ? Embrasser en commun un idéal de société plutôt que les critères économiques de Copenhague, voilà ce que veulent encore les Ukrainiens aujourd’hui. Qui a dit que le projet européen n’avait plus de sens ? ASEAN en 1991, ALENA en 1994, MERCOSUR en 1995, … L’espace de libre-échange européen n’a plus rien d’unique. À l’avenir, notre assise dans le monde ne pourra être assurée que par la protection de ce modèle social qui constitue notre identité. Car ce modèle, tant politique que philosophique, est ce que nous avons de plus crédible, et peut être un soft power d’une redoutable efficacité. Mais il nécessite pour le manier une Europe cohérente et forte.
     Cette Europe ne pourra se faire que si nous, citoyens, nous nous efforçons de réduire un fossé démocratique qui a toujours existé, mais qu’il deviendrait dangereux de creuser plus encore. L’Europe dont nous rêvons ne pourra pas se faire si des forces populistes investissent le Parlement européen pour les cinq prochaines années. Les pensées isolationnistes et protectionnistes qui fleurissent un peu partout doivent susciter l’envie de consolider l’UE et sa démocratie pour que les débats du Parlement soient ceux des citoyens, que le projet européen reprenne enfin sens aux yeux de tous.

        Quelques colonnes ne suffiront jamais à tout retranscrire, mais l’essentiel est là : pour reprendre le contrôle de l’Europe, aux élections européennes de mai 2014, allez voter.

 

Audrey DAVID & Lauriane LIZE

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